Historique de la section PLONGEE (1/2)

A la demande du Président Bernard ROTHAN en 2001, un mémoire historique, rehaussé avec des photos d’époque de la section plongée,

a été réalisé par Paul JEANJEAN

avec la participation de Pascale, Lionel DE PADUA et Jean Loup CHAUVEAU-BELLIEU,.

Avant propos

J’ai voulu retracer l’histoire de nos adhérents qui ont vécu sur le bateau « Le Saphir » pendant les seize années où il nous a servi à naviguer sur la mer à la recherche de prestigieux décors dans les profondeurs marines.

Ensemble, nous nous sommes adaptés aux conditions climatiques du moment : vent du sud-est (pluvieux et mouvant), mistral farouche à l’abri des falaises et quand le beau temps ensoleillé revenait, c’était le sourire émerveillé de nos adhérents dans le décor marin de La Ciotat, Cassis, Marseille-Veyres et les îles. Au sein de notre club, les plongeurs ont fait avancer leurs convictions personnelles et ont rendu compte des évènements optimistes, pessimistes des uns ou des autres et il en résultat que tous allaient à la même vitesse sur un bateau. Certes, celui-ci consommait du carburant pour avancer, mais c’est notre pensée qui le faisait aller de l’avant, bien vigilant sous notre protection. Les quelques erreurs que nous avions faites nous permirent de rectifier nos pensées. Cela a fait de nous des gens d’expérience avec les années.

Mais ceci est notre vie personnelle, à vous de faire la vôtre pour que cela continue avec les autres bateaux.

Paul Jeanjean.

Liste des personnes qui ont animé la section de 61 à 78

JOANNES

Jacques

MFMN

Président

THIRION

Claude

MN

Président

CITERICI

Roger

MN

 

JEANJEAN

Paul

MF1

 

LARIEUX

Pierre

MF1

 

SNRECH

Daniel

MF1

 

MERITE

Bernard

MN

Président

CAMBE

Hervé

MF1

 

REBOUL

Maurice

MF1

 

ROULEAU

Daniel

MF1

 

GUEGUEN

René

MF1

Président

FIERARD

Pierre

2ème éch.

Président

PARONNEAU

Jean Claude

1er éch. (st. péd.)

Président

JOGAN

Patrick

MF1

 

VIALA

Michel

MF1

 

LION

Richard

2ème éch.

 

La section plongée sans bateau en 1961.

Lorsque j’ai pris contact avec JOANNES en avril 1963, il était président de la section plongée. Il m’apprit qu’il était le seul moniteur du club et me raconta l’origine de cette organisation. A la session d’avril 1961, il fut reçu moniteur fédéral au centre de Niolon. Il créa la section plongée de l’ASCEA et déposa les statuts à la sous-préfecture d’Aix-en-Provence le 15 juillet 1961.

Il n’y avait pas de bateau. La section avait acquis un lot de bouteilles d’occasion et des détendeurs neufs, 1 seule bouée de secours « Mae-West » équipée d’une cartouche de CO2 à gonflement direct et non réglable, plus une soupape de décharge pour éviter qu’elle éclate au moment de la remontée d’une personne en difficulté (Loi de Mariotte).Le remplissage en air comprimé des bouteilles était réalisé sur le centre de Cadarache grâce à l’aimable collaboration de la FLS, lors de leurs moments disponibles en cours de semaine.

Le seul moniteur de la section assurait une seule plongée le dimanche matin qui comprenait une séance école et une exploration, partant de la plage de rendez-vous (Cassis, La Ciotat, Saint Raphaël, etc.). Il organisait de temps en temps des sorties en bateau en utilisant les services de clubs de plongée de la côte méditerranéenne. La plupart des adhérents avaient pratiqué la pêche sous-marine et étaient équipés de matériel individuel convenable. Ce ne fut pas très difficile de les reconvertir.

Le plus souvent, les rendez-vous se faisaient avec les familles sur une plage qui pouvait les accueillir. Après la plongée du matin tous se réunissaient en pique-nique pour manger et bavarder avec force commentaires. L’après-midi le groupe se disloquait et chacun allait à ses occupations : baignade, pêche sous-marine, promenade… avant de rentrer à leur domicile, très loin pour certains.

Mais des difficultés apparaissent : plongées limitées en profondeur, danger des plages isolées avec la circulation non contrôlée de navires de plaisance à moteur ; le parc à bouteille fut très difficile à gérer d’une semaine à l’autre, du fait que les plongeurs qui s’en étaient servis, ne les rapportaient pas toujours au gonflage à la FLS pour des raisons personnelles (départ en mission, congés, oubli, etc.) donc des difficultés à avoir des bouteilles en quantité suffisante le jour de la sortie.

Aussi, l’année suivante, en 1962, il a été convenu en cours d’assemblée générale, d’acquérir un bateau ayant pour port d’attache la Calanque de Port Miou à Cassis.

LE SAPHIR

C’était une barque Catalane robuste qui servait à la pêche côtière. Achetée d’occasion au port de Sète et équipée d’un moteur diesel, elle possédait aussi une mâture pour être mue à la voile et, à l’arrière, une barre franche pour le pilotage.

Elle fut transformée dans un chantier de Marseille. L’avant fut rehaussé et pourvu d’un roof et d’un poste de commandes ; le moteur était situé à l’arrière sous le pont à proximité de la barre de pilotage. La coque extérieure avait été peinte en blanc, le pont en beige clair avec des billes de verre antidérapantes pour ne pas glisser avec les pieds nus mouillés. D’une manière générale, c’était un bateau qui tenait bien la mer par gros temps. Mais au mouillage, il roulait quand la houle était formée. Les bouchins arrondis favorisaient cet état. Le port d’attache fut aménagé dans la Calanque de Port Miou à Cassis, à mi-chemin entre le fond et le 1er virage en allant vers la sortie, rive gauche près des falaises rocheuses. Presque en face sur l’autre rive, une péniche aménagée en débit de boissons avec des « pailloles » pour protéger le tenancier du soleil, permettait aux passants et aux baigneurs de venir s’abreuver. L’eau de mer était aussi claire qu’à Riou et nous nous y baignions volontiers à cette époque. C’était les deux seuls bateaux qui séjournaient dans le fond de la calanque. L’avant du Saphir dirigé vers la rive gauche était solidement amarré par des cordages fixés sur la côte rocheuse. A l’arrière, au milieu du plan d’eau, à 3 mètres de fond, 2 gros blocs de pierre de 400 kg reliés par des chaînes solides retenaient le bateau bien en place.

Lorsque l’on voulait se servir du Saphir pour aller en mer, on manœuvrait sur bâbord arrière pour amener l’avant au milieu de la Calanque et en avant doucement pour partir vers la sortie. Plus tard, d’autres bateaux vinrent cohabiter de part et d’autre du nôtre. Les manœuvres de retour à notre place furent de plus en plus difficiles à réaliser, surtout quand le vent soufflait en rafales. Souvent, la gaffe, cet outil indispensable, nous a rendu de grands services.

En 1964, à la demande de certains adhérents, nous sommes partis au port de Hyères pendant une année. On remplaça le vieux moteur par un neuf, diesel aussi, moins gourmand en carburant. Les longues distances pour arriver aux lieux de plongée et la qualité des fonds nous ont incité à retourner à Cassis l’année suivante. Nous avions supprimé la baume qui ne servait pas à grand chose parce que nous nous cognions souvent la tête en passant. Les capots moteur bombés furent mis à plat pour mieux supporter les bouteilles de plongée couchées sur le pont du navire. Environ 10 ans plus tard, JOANNES révisa entièrement le moteur diesel dans son garage à Manosque. Il pouvait le faire en hiver en dehors de la saison de plongée à ses moments disponibles.

On pouvait embarquer 17 personnes avec le matériel de plongée. En 1977, la réglementation maritime changea et nous réduisait considérablement le nombre de gens à bord, 8 seulement. Cela n’était pas supportable pour un club de plongée de notre envergure.

Nous décidâmes à regret de vendre le SAPHIR qui nous avait rendu de grands services pendant 16 années sans grand soucis. Nous avons prospecté dans les ports pour trouver un autre bateau de remplacement qui pouvait supporter une vingtaine de personnes avec leur matériel de plongée en plus de celui de sécurité réglementaire pour la navigation.

Au mois de février 1978, nous vendîmes le navire, sans l’ancre originale que nous avions offerte à Jojo en souvenir du bateau qu’il avait tant choyé.

Lorsque le SAPHIR partit de la calanque de Port Miou avec son nouveau propriétaire, on lui a fait un signe d’adieu et on parla peu ce jour-là…

Mais revenons un peu en arrière pour savoir comment nous nous sommes servis de ce bateau pendant de nombreuses années.

Il était assuré tout risque pour la plaisance avec une clause complémentaire pour les personnes transportées. Les plongeurs étaient assurés à la Northern, compagnie anglaise qui avait un contrat global avec la FFESSM, à prix raisonnables.

Pilotage du bateau :

Seuls les responsables de sorties pouvaient se servir du bateau pour aller plonger ou faire des essais en mer en cas de problèmes mécaniques. Ces personnes, moniteurs ou niveau 4, habilitées par le bureau de la section plongée étaient responsables de tout le matériel et du personnel durant la sortie du dimanche ou autres selon les circonstances.

Entretien du bateau :

Presque toujours ce fut le président du club qui se chargeait de résoudre toutes les difficultés rencontrées en cours d’année. Il était avisé de ces évènements par les responsables de sorties. Il se faisait aider par des adhérents compétents et soucieux de maintenir à niveau le bateau pour qu’il soit toujours opérationnel. Les IK n’existaient pas en ce temps-là.

En dehors des périodes régulières d’utilisation du bateau pour les sorties, c’est-à-dire pendant l’hiver, une surveillance était assurée par les membres du club au minimum tous les 15 jours pour voir d’éventuels problèmes liés à l’attache du bateau dans la Calanque ou pour faire tourner le moteur afin d’éviter le gommage des cylindres, tout en rechargeant les batteries.

Lorsque les difficultés mécaniques dépassaient notre compétence, nous faisions appel à une entreprise spécialisée en moteur diesel qui envoyait sur place des techniciens pour effectuer la réparation. Un adhérent de notre club assistait à l’intervention en s’informant des problèmes, pour en tirer des conclusions pour l’avenir.

 

La plongée

LE MATERIEL DE PLONGEE Le scaphandre

C’est un appareil respiratoire pouvant servir en milieu hostile. Pour la petite histoire ce nom vient du Grec qui veut dire barque renversée. Une barque renversée dans l’eau flotte du fait de l’air emprisonné dans sa coque étanche. Cela a donné l’idée échappatoire à des esclaves d’utiliser cet air pour s’enfuir sans être vu de leur gardien en surface.

Pour le plongeur, le scaphandre se compose d’une bouteille d’air comprimé et d’un détendeur. Il existe plusieurs types de bouteilles : mono et bi-bouteille, petits et grands modèles. Pour ces derniers, on peut ajouter un flotteur pour diminuer son poids en immersion.

Quand j’ai connu le club en 1963, il possédait un lot de bouteilles de 12 litres peintes en rouges. Au sommet on trouvait un robinet de conservation haut avec un tenon droit sur le côté servant à loger le système de réserve et un orifice d’entrée et sortie d’air comprimé. Autour de celui-ci un joint torique permettait l’étanchéité pour la portée du détendeur et du compresseur. Des sangles réglables étaient fixées sur le corps de la bouteille par des colliers métalliques plus une autre sangle d’entre jambes terminée par un anneau se fixant à la boucle de la ceinture de lest. A la base, un petit culot en plastique noir de protection permettait de tenir la bouteille debout.

Pour équiper le scaphandre avec une mono bouteille gonflée à l’air à 180 bars, on adaptait l’étrier du détendeur « Mistral » sur le tenon droit du robinet de conservation, puis on serrait la vis à tête hexagonale avec une clé appropriée. Nous pouvions aussi nous servir du manche du poignard qui comportait l’empreinte en creux de la tête de vis de serrage. On montait ensuite la tige de manœuvre à distance de la réserve à l’insérant dans les agrafes attenantes aux colliers métalliques d’assemblage. Il fallait ensuite faire les essais de manœuvrabilité et ne pas oublier de contrôler la réserve haute avant le départ en profondeur.

Les bi-bouteilles de 3,2 m3 utilisés en principe par les encadrants pouvaient éventuellement secourir un plongeur manquant d’air en immersion. Composés de deux réservoirs de petite taille en acier gonflés à l’air à 180 bars, ils étaient reliés entre eux par une tubulure rigide comportant au milieu un robinet de conservation et à une extrémité le système de réserve exerçant sa fonction sur une bouteille. Ces deux bouteilles protégées à leur base par des culots en plastique noir étaient assemblées par des colliers métalliques sur lesquels venaient se cramper les sangles de portage réglables. Au fur et à mesure que les années passèrent et que ces bouteilles arrivèrent à la date de péremption de l’épreuve hydraulique de contrôle nous les remplaçâmes par des neuves de technologie améliorée pour être toujours à l’avant-garde du progrès.

Le détendeur

Au début des années 1961, j’ai utilisé le détendeur CG45 Cousteau Gagnan au stage de formation de la marine à l’école de Saint Mandrier. Conçu à deux étages, il était un peu dur à l’effort inspiratoire. En cas d’essoufflement, le plongeur se mettait sur le dos, l’air arrivait en surpression du fait du décalage : détendeur plus bas, pression plus forte et poumons plus hauts, pression inférieure.

Cette surpression évitait l’effort inspiratoire pour une meilleure récupération ventilatoire.

Soucieux d’améliorer le confort du plongeur en immersion, Cousteau inventa le détendeur simple étage « Mistral » dont l’effort inspiratoire fut considérablement amélioré. Notre section s’équipa avec ce détendeur qui, à son époque, était le dernier cri de la technologie sous-marine pour les plongées à l‘air comprimé.

Il y avait d’autres détendeurs dans le commerce qui étaient composés de deux étages reliés par un flexible dont l’échappement des bulles d’air usé faisait beaucoup de bruit aux oreilles. Ils étaient plus solides mais moins performants à l’effort inspiratoire que le Mistral. Plus tard, vers 1976, quand la technologie aura progressé d’une manière significative, nous adopterons ce type de détendeur.

Le détendeur Mistral est un détendeur à circuit semi-fermé parce que l’échappement de l’air usé se fait dans l’eau. Il est composé d’un boîtier en laiton chromé percé de trous pour l’évacuation de l’air expiré par le plongeur et permettant à la pression hydrostatique de pouvoir s’exercer sur la membrane. A sa base, on trouve un étrier pour l’adaptation sur le robinet de conservation de la bouteille d’air comprimé. Deux tuyaux annelés en caoutchouc noir, l’un servant à l’inspiration, l’autre à l’expiration, sont reliés entre eux par un embout buccal avec des clapets anti-retour pour éviter qu’ils se remplissent d’eau.

Les avantages pour l’époque furent sa souplesse à l’effort inspiratoire, sans le bruit désagréable des bulles aux oreilles, mécanique simple à la maintenance. Inconvénients : fragile par ces tuyaux annelés, passage d’embout fusant à une personne en difficulté (Le plongeur secouru en manque d’air orientait la direction à suivre, le secoureur se plaçait au-dessous de lui et nageait sur le dos, agrippé à une sangle de la bouteille de son collègue, tout en distribuant de l’air en surpression. Mais l’enseignement de notre école nous a appris à bien maîtriser cet appareil en toutes circonstances).

Les vêtements

Vestes, pantalons et chaussons pour se préserver du froid, étaient fabriqués avec du tissus néoprène souple de 4 ou 5 mm d’épaisseur seulement. Il existe 2 types de tissus :

  1. Double peau : lisse des deux côtés, s’enfile avec du talc pour pouvoir glisser sur le corps. Peut se déchirer si la tension exercée à l’habillage dépasse le seuil d’élasticité. Pas cher mais fragile, avantage sèche rapidement ;

  2. Double peau doublé nylon : à l’intérieur un tissus en jersey nylon dont l’extension est inférieure à la limite d’élasticité du néoprène. Ceci le rend plus solide et glisse facilement sur le corps.

Ces vêtements étaient réalisés non étanches pour permettre à l‘air emprisonné de s’échapper et être remplacé par l’eau. Cela évitait les pincements douloureux sous les bras par exemple. Lorsque l’eau était très froide, nous ajoutions un tricot à même la peau du corps. Il n’y avait pas de tissus néoprène plus épais dans le commerce. Les pantalons justaucorps, longs que de la ceinture aux chevilles ; les vestes, fermées en bas par une queue de pie portaient au bras gauche une table de plongée simple sur fond jaune bien visible. Des bandes jaunes de 2 cm complétaient l’esthétique des vêtements. Il existait aussi un sous-vêtement genre tee-shirt à manches courtes en néoprène de 1,5 mm d’épaisseur pour protéger la poitrine du froid.

Une ceinture de lest était nécessaire pour compenser la flottabilité de l’habit. Il en existait deux modèles :

  1. Spirotechnique à boucle largable qui glissait et perdait souvent son réglage d’origine, on pouvait la perdre quelquefois lors de mouvements inconsidérés, restant souvent accrochée à la bouche d’entrejambe au moment du largage ;

  2. Marseillaise à boucle classique dont le passant troué était maintenu par un doigt érectile qui s’écartait au largage de la ceinture en cas de besoin.

Le masque

Il était formé d’une jupe en caoutchouc lisse avec bossages pour l’utilisation de la méthode de Vassalva, une sangle de maintien sur la tête et une verrière pour la vision sous l’eau. Les premiers masques n’avaient pas les bossages. On plaquait la base de la jupe entre le pouce et l’index, puis en soulevant légèrement on étanchait les narines.

Les palmes

Les modèles, avec ou sans tuyères, pouvant se porter avec ou sans chaussons, avaient des sangles de fixation. Lourdes sur terre mais efficaces en plongée.

Le tuba

C’est un tuyau en caoutchouc raide avec un embout buccal que l’on fixe aux sangles du couteau pour éviter de le perdre. Il servait à la respiration en surface en cas de besoin.

Le couteau

C’est plutôt un poignard en inox, dentelé, placé dans un étui sanglé, fixé au mollet droit pour les droitiers. Sur le manche métallique, en creux, l’empreinte de la tête de vis de serrage de l’étrier du détendeur.

Le profondimètre

Servant à mesurer la profondeur, avec ou sans aiguille traînante, il se place au poignet ou en pendentif.

La montre

Etanche, en inox, pouvant supporter la pression à grande profondeur, est une meilleure garantie de fiabilité. C’est un outil indispensable pour contrôler les temps de plongée et de paliers.

Historique de la section PLONGEE (2/2)

La bouée de secours

Au début, nous nous servions de la bouée des pilotes de l’aéronavale « Mae West ». Ce nom fut attribué par la marine américaine en mémoire d’une artiste qui exhibait son opulente poitrine dans les quartiers ouest de New York. C’était un sac jaune en forme de couronne se plaçant autour du cou et se fixant au corps par des sangles réglables. Sur le devant, on trouvait une petite bouteille de CO2 avec une tirette, et un peu plus bas, un flexible terminé par une soupape d’échappement.

Au fonctionnement en plongée, pour faciliter la remontée, on largue d’abord la ceinture de lest, puis on actionne la tirette et la bouée se gonfle instantanément au maximum, entraînant le plongeur rapidement vers la surface. Pour éviter l’éclatement, du fait de la variation de volume du gaz, celui-ci s’échappe par la soupape en éliminant le trop plein. Il était préconisé de s’en servir uniquement dans des circonstances extrêmes car c’était un appareil dangereux sans possibilité de réglage de la vitesse de remontée. On nous enseignait, en 1963, qu’il valait mieux avoir un accident de décompression que de se noyer.

Quand en 1965 le modèle « Fenzy » apparut sur le marché, le club s’équipa tout de suite pour satisfaire aux conditions de sécurité des encadrants amenant avec eux un groupe de plongeurs. Elle était composée d’un sac en tissu caoutchouté orange en forme de couronne, s‘adaptant au corps à l’aide de sangles réglables. Au sommet de la couronne et sur le côté un tuyau annelé avec soupape de purge manuelle et embout buccal. A la base était fixée une bouteille en acier de 0,5 litre d’air comprimé, pris sur un bloc de plongée chargé à 180 bars, équipée d’un robinet de conservation et d’un étrier de fixation. Sur la collerette, une soupape d’évacuation du trop plein, pouvait être manœuvrée par une tirette manuelle placée en bas à droite, à côté du robinet de remplissage. Cette bouée servait également à l’équilibrage du plongeur en immersion afin d’éviter les efforts inutiles.

Au fonctionnement, on ouvrait le robinet de la bouteille et l’air comprimé se détendait dans la collerette. On refermait le robinet dès l’amorce de la remontée. Le réglage de la vitesse de remontée se pratiquait en actionnant la tirette de la soupape de purge, ou l’autre soupape manuelle située à l’extrémité du tuyau annelé, bras tendu vers le haut. De plus, avec cette dernière, on pouvait, en cas de besoin, inspirer de l’air à la pression ambiante, grâce à l’embout buccal. Avec un peu d’entraînement on y arrivait, à condition de souffler dans l’eau l’air expiré chargé en CO2.

 

Les tables de plongée simple

Les tables de plongée françaises furent établies par la Marine Nationales GERS (Groupe d’Etudes et de Recherches Sous-marine) à partir des connaissances théoriques et vérifiées expérimentalement sur un certain nombre de personnes. Elles étaient remises à jour en fonction de nouvelles connaissances expérimentales. Utiliser toujours la dernière édition. Inspirées de la marine américaine, elles étaient exprimées en mètres et minutes jusqu’à une profondeur de 40 mètres, avec interpolation des paliers de 3 mètres en 3 mètres. Elles autorisaient la remontée vers la surface à la vitesse de 20 mètres minute maximum. Les instructions ne dépassaient pas 40 mètres. Au delà, il fallait se servir de tables américaines. Plus tard, elles seront remises à jour et modifiées plusieurs fois. Elles se présentaient sous la forme de dépliant cartonné ou plastifié sur lequel étaient imprimées plusieurs colonnes. Profondeur, durée, subdivision de plusieurs petites colonnes donnant la profondeur des paliers en partant de gauche à droite et pour chacune de ces profondeurs, la durée des paliers en minutes. Encore deux autres colonnes, l’une pour la durée totale de la remontée et la dernière donnant le coefficient C qui varie de 1,1 à 2 en chiffres. Quand il était élevé, il restait encore une importante quantité d’azote dissout que l’organisme continuait à éliminer progressivement après le retour en surface. Le coefficient C était utilisé pour le calcul des plongées successives.

Pour les plongées successives à moins de 6 heures d’intervalle, on utilisait la table de plongée simple et une autre de plongée successive. Cette dernière était composée d’un carton, en forme de tiroir avec une tirette au milieu, souvent plastifié pour éviter la détérioration par l’humidité. La table de plongée successive était composée d’une partie fixe divisée en plusieurs grandes colonnes. En tête de celles-ci étaient inscrits les coefficients C de 2 à 1,1. En dessous, les profondeurs P, à côté, une petite fenêtre. Ensuite chaque grande colonne était divisée en deux plus petites. L’une à gauche INTER (intervalle) dont les quatre chiffres étaient exprimés en heure – minutes. L’autre à droite MAJ (majoration) comportant une fenêtre. Sur la partie mobile étaient inscrites les profondeurs des plongées successives et les colonnes de majoration en heure – minutes. En tirant ou en poussant, la partie mobile coulissait dans la partie fixe et l’on pouvait afficher les profondeurs successives au coefficient C désiré avec en dessous les valeur de la majoration correspondante.

Deux modes d’utilisation des tables de plongée successive :

On calculait une plongée fictive en ajoutant la majoration à la durée de la plongée à effectuer, puis on lisait le nombre et la durée des paliers à effectuer à la remontée. Mais en réalité, on effectuait la plongée avec la durée lue sur la table de plongée simple avec les paliers résultant de la plongée fictive.

Dans la tables de plongée simple, à la profondeur définie, on choisissait le plus grand temps sans palier, on déduisait alors la majoration. Cela écourte la durée de la plongée réelle mais le retour à la surface se faisait sans palier.

Nous avions aussi la petite plaquette en plastique incassable sur laquelle étaient imprimées les instructions simplifiées des plongées simples jusqu’à 40 mètres que l’on attachait à un bout pour ne pas perdre mais suffisamment long pour être à portée de vue malgré la gêne du masque.

Les premières tables que j’ai connues donnaient les informations suivantes :

 

Profondeur

Durée

Paliers

10 m

Sans limitation

sans

20 m

1 heure

sans

30 m

30 minutes

sans

40 m

20 minutes

sans

 

Elles furent modifiées en 1970

 

Profondeur

Durée

Paliers

10 m

Sans limitation

sans

20 m

40 minutes

sans

30 m

25 minutes

sans

38 m

20 minutes

sans

40 m

10 minutes

sans

 

C’étaient des chiffres que l’on apprenaient par cœur et que nous gardions en mémoire en cas de perte de la table de plongée en cours d’immersion. C’est arrivé plusieurs fois et cette mémorisation fut utile.

 

 

L’école de plongée

Comme une longue chaîne en cours de fabrication chaque année nous construisons un chaînon de plus, ajouté à ceux déjà existants. Dans un mouvement perpétuel, l’école de plongée renouvelle son lot d’adhérents adeptes de cette pratique sous-marine qui fera l’animation annuelle de la section. Affiliés à la fédération d’études et de sport sous marins, nous allons voir l’évolution adaptée aux besoins des circonstances de la plongée. Nous avons suivi au mieux les instructions qui nous sont parvenues.

En 1954 à Marseille fut créée la fédération .Le premier président du club cassidain de plongée sous-marine m’a dit un jour que la fédération d’études et de sport sous marin était issue de la fusion de deux fédérations, l’une de plongée, l’autre de chasse sous marine, à la demande du comité de Provence et des fabricants de matériels spécialisés. Cette nouvelle organisation soucieuse d’élaborer de nouvelles techniques adaptées à la plongée sportive demanda le concours à des scaphandriers professionnels en collaboration avec le docteur Fructus. La plongée étant un sport à risques, il était judicieux qu’elle soit ouverte progressivement au public, en créant l’escalade des brevets aux besoins évolutifs des personnes concernées. La technicité fut empruntée à la marine nationale qui publia un ouvrage très complet. Pour cela un guide de montagne, Guy Poulet, passionné de plongée, apporta la manière d’enseigner dans un ouvrage écrit par lui. Il a servi de modèle depuis longtemps et certainement pour de nombreuses générations.

Au sein du groupe des premiers adhérents, Jacques JOANNES, dit « Jojo » pour les copains, fut élu président pour diriger l’organisation administrative et technique du club. Seul moniteur il combinait la plongée école exploration aux adhérents qui venaient aux sorties le dimanche (La section assurait une plongée par semaine le dimanche matin seulement à ses débuts).

Entraînement de fin mars à juin si la météo était favorable, puis à la fin de cette période, il convenait d’un dimanche pour faire passer les BE et les 1er éch. sans théorie en ce temps là.

Au mois de juillet la section de plongée était fermée pour cause de congé du moniteur président. Aucun autre adhérent n’avait le niveau de plongeur qualifié pour diriger un groupe en immersion. En Août, à son retour, les sorties en mer reprenaient. Quand il y avait des candidats, il organisait des séances d’école pour les 2ème éch.

Après des années passées à la section, je revois dans ma mémoire le boute-en-train « Jojo » seul moniteur pour tout faire tous les dimanches pendant 5 ans. Comme il connaissait tout il nous a montré le chemin de la compréhension pour continuer dans l’avenir. Il a complété notre instruction avec la maintenance et le pilotage du bateau « le SAPHIR ». Heureusement de temps en temps il organisait des bivouacs et cela donnait une atmosphère un peu plus conviviale par rapport aux actions routinières en cours d’année. Certes, C. Thirion, R. Citerici et moi l’avons aidé dès notre 2ème éch. La section doit beaucoup de reconnaissance à sa ténacité. Par ses actions, il a su donner un départ convaincant à ses compagnons du moment. Puis en fin 1965 il quitta la section pour s’occuper de sa nombreuse famille. Mais il garda toujours un contact amical avec ses amis plongeurs qui l’invitaient souvent à participer aux bivouacs plongées car c’était un metteur d’ambiance apprécié.

C. Thirion fut élu président en 1966. Il réorganisa la structure club en séparant bien distinctement les périodes école, exploration, bivouacs. Le nombre des adhérents avait augmenté et l’on pensait que l’accroissement se prolongerait dans les années à venir. Avec plus de candidats à l’encadrement la section fut bien portante.

 

La piscine :

Avant 1966 la section n’utilisait pas de piscine pour instruire les nouveaux adhérents à la plongée sous marine. C’était plutôt mal vu, cela faisait marin d’eau douce. Pour les parisiens c’est normal, il n’ont pas la mer chez eux. Mais nous qui l’avons à deux pas pourquoi ne pas s’en servir. De plus presque tous les membres du club de cette époque pratiquaient la chasse sous-marine et étaient convenablement équipés.

Et pourtant un jour on a essayé de changer de mentalité, des évènements vinrent à nous, sans que nous les cherchions. Le Colonel de l’école militaire d’Aix-en-Provence voulait que la plongée sous-marine fasse partie des activités sportives des élèves officiers, dans le cadre d’un partenariat avec l’ASCEA, comme pour les professeurs de l’éducation nationale exerçant pour le compte de l’armée. Pour nous bénévoles, il nous paraissait impossible de prendre cette charge. Suite à plusieurs entrevues il a été convenu de pouvoir faire des échanges réciproques sans mouvement d’argent. La section plongée de Cadarache accepta comme adhérents extérieurs trois cadres de l’armée, comme bénévole non professionnel (comme tout adhérent) pour les former jusqu’au monitorat. L’encadrement des élèves officiers était alors assuré par ces personnes aussi bien en piscine qu’à la mer avec le matériel militaire en exercice dans l’armée.

Nous surveillions l’enseignement de la plongée des débutants en piscine et le passage des BE. Il avait été convenu aussi que nous pourrions utiliser leur piscine pour l’enseignement de nos plongeurs à des jours différents du fait de la petitesse du plan d’eau et du nombre considérable de participants. Cela débuta en 1967 et dura trois ans. Le directeur de Cadarache eut droit aux éloges du Colonel pour la qualité de notre enseignement et la bonne entente qui avait régné. Parmi les trois cadres de l’armée un seul passa le monitorat. Les deux autres arrêtèrent la plongée à cause de problèmes de santé. Dans l’exercice de leur profession ils devaient être mutés dans une autre école militaire en France. Ils préférèrent démissionner et deviendront professeurs d’éducation physique dans l’enseignement national. Alors, fin juin 1969 on se retrouvait au point de départ. Suite à une réunion de nos encadrants nous avions décidé de ne pas continuer une situation qui pourrait se répéter indéfiniment tous les trois ans et avons rompu les relations avec l’école militaire d’Aix-en-Provence.

La mentalité de la section avait changé. En effet pendant ces trois années le bilan de l’enseignement des débutants a été positif puisqu’ils étaient déjà formés au début de la saison et nous avions gardé des contacts directs avec les membres du club l’année entière. Les regrets de la piscine entraînaient la mauvais cohésion des adhérents.

Revenons dans le passé prendre connaissance de l’évolution fédérale. Depuis des années la fédération demandait au ministère de la jeunesse et des sports la reconnaissance de ses brevets. La lutte fut longue et puis un jour cela a été pris en considération en 1965. Seulement pour le brevet d’encadrant de moniteur fédéral qui devint moniteur national. Cet examen devait être réalisé dans une structure d’état ayant les moyens nécessaires de secours en cas d’accident. L’école de plongée de la marine nationale à Saint Mandrier correspondait à ce critère. Cette décision mécontenta la fédération au niveau de la structure d’accueil des clients potentiels entraînant un manque à gagner important pour le centre de Niolon. Celui-ci recevait tous les candidats de métropole, d’Outre-Mer et étrangers. Pour se « consoler », elle créa un autre : monitorat auxiliaire. Ce nom différait pour ne pas être confondu avec le 1er fédéral d’origine transformé en national par équivalence.

En réalité ce fut un brevet intermédiaire entre le 2ème éch. et le national. Au début les titulaires de ce brevet de moniteur auxiliaire pouvaient enseigner tous les niveaux de plongeurs (sauf le national bien entendu) mais ne pouvaient homologuer que les plongées des brevets élémentaires seulement. Cette clause sera abolie en 1971 et ils pourront signer tous les carnets ressortant de leur responsabilité.

De plus la fédération ajouta l’instruction théorique au BE et au 1er éch. Cela fit des mécontents parmi les plongeurs récalcitrants. Pour satisfaire ces gens là elle créa le niveau 3 sans théorie. Ce n’était pas un passage obligé pour l’accès au niveau 4. Pour notre section qui comporte des adhérents techniciens ou ingénieurs ce brevet ne fut pas pris en considération nous préférions orienter nos plongeurs au niveau supérieur pour augmenter notre effectif d’encadrement.

En 1967, j’ai passé l’examen de moniteur auxiliaire à Niolon. Parmi les candidats un ancien camarade d’école Henri Royer, président de la section plongée de Pierrelatte. Etant donné qu’il ne pouvait pas signer les carnets des plongeurs niveau 2, il nous demanda notre concours pour faire plonger aux alentours de 40 m, quatre adhérents de sa section prétendant au niveau 4 avec homologation des plongées pour nos moniteurs nationaux. En 1968, nous les avons accueillis pendant l’été. Quelques années plus tard deux de ces personnes devinrent moniteurs : Jean-Claude Savoie (MF1) et Robert Henon (MN).

En 1971, deux de nos moniteurs, Roger Cétérici et Hervé Cambe, négocièrent pour obtenir une participation à l’encadrement à la piscine du Puy Sainte Réparade. Cela aboutit à une association de notre section plongée avec celle du club de natation. Nous pouvions utiliser la piscine en hiver un jour par semaine après les créneaux scolaires, le soir de préférence pour enseigner la plongée élémentaire sous la surveillance de moniteurs qualifiés. En contre-partie les adhérents du club de natation exerçant la plongée sous-marine pourraient venir plonger en mer au sein de notre club. Par la suite nous avons été obligés de limiter le nombre à cinq adhérents non nominatifs résidents du Puy Sainte Réparade.

Au cours des années, il a fallu mettre un frein aux agissements irréfléchis de nos adhérents qui incitaient leurs connaissances de la région à s’inscrire au club de natation du Puy Sainte Réparade pour effectuer les plongées en mer avec nous. Il faut savoir profiter des avantages que nous avions réalisés au cours des années mais pas abuser de notre bénévolat, cela faisait des envieux surtout d’un point de vue pécuniaire. Nous n’étions pas concurrentiels avec les autres clubs de la côte. Pour nous, la ligne de conduite était la technicité des niveaux de plongée qui aboutit à la sécurité en immersion. Si nos adhérents stagnaient au BE c’est qu’ils n’avaient pas compris le message des encadrants. Plus performant sera l’enseignement et plus satisfaisante sera la plongée. Un minimum de 10 à 12 plongées par an maintien raisonnablement à l’aise un plongeur débutant.

La piscine du Puy Sainte Réparade apporta beaucoup de candidats à notre section plongée entre 1971 et 1978. Ils avaient pour eux la sportivité et l’aisance dans l’eau. L’entraînement du jeudi soir ne perturbait pas trop les rapports familiaux.

L’investissement pour le matériel et la plongée en mer le dimanche rendait ces adhérents réticents. Seuls 5 à 6 plongeurs continuaient leur enseignement à la mer.

Les deux moniteurs de la section plongée de Cadarache s’occuperont de l’entraînement en piscine jusqu’en 1978 date à laquelle ils démissionneront du CEA.

Au cours de l’existence de la section plongée de Cadarache il faut savoir que nous avions eu des moments difficiles qui faillirent entraîner sa disparition. Nous avions œuvré pour garder notre autonomie en demandant à nos adhérents de participer bénévolement aux travaux d’entretien du matériel de plongée et du bateau. Pour une meilleure sécurité en immersion l’école fut prépondérante, les stages en mer étant séparés des activités exploratrices. Cela contribua à accroître le nombre de nos encadrants volontaires. C’était bien le but de nos efforts. A la fin de l’année 1969 nous comptions 7 moniteurs dont 3 nationaux et 4 auxiliaires. Nous étions optimistes. Et puis grosse déception.

En plus du désistement de la piscine à l’école militaire, 2 moniteurs s’en allèrent, un pour cause de maladie et l’autre pour démission. Puis, suite à des évènements particuliers familiaux et professionnels deux autres moniteurs se désistèrent pour encadrer les plongées en mer le dimanche. Claude Thirion et moi, restions les seuls moniteurs. Bernard Mérite, 2ème éch., voulait passer le monitorat l’année suivante. Allions nous nous arrêter sur un échec ? Après mûres réflexions, nous décidâmes avec C. Thirion de continuer à faire vivre la section plongée si nos adhérents le désiraient.

Nouvelle déception, Bernard Mérite (MN) fut muté à Super Phénix et D. Rouleau (MF1) démissionnera de Cadarache en 1973.

Avec Claude Thirion nous nous retrouvâmes de nouveau à deux moniteurs pour faire les sorties en mer. Evaluant la situation très décevante de former des encadrants qui n’exercent pas leur talent, c’était perdre notre temps. D’autant plus que le club Cassidain convoitait notre participation. Nous possédions chacun un bateau et notre matériel de plongée au complet. A quoi bon continuer puisqu’on ne pouvait pas assurer notre succession. Si nous partions tout s’écroulerait. Sans encadrement le club perdrait son indépendance et son autonomie. L’expérience nous a montré que même en ayant des adhérents de bonne foi nous ne pouvions maîtriser la vie professionnelle et familiale et les conséquences à des évènements insoupçonnés. Suite à une réunion qui eu lieu au mois d’Août 1972 sur mon bateau dans la Calanque de Port Miou et dura toute la nuit en longues palabres entre Claude Thirion, Bernard Mérite, René Gueguen (2ème éch.) et moi, les principaux encadrants en mer du moment nous décidâmes de faire plonger nos adhérents jusqu’à la fin de la saison. Ensuite nous remettrions au mois d’octobre tout le matériel et le bateau à la disposition de l’ASCEA.

Nous étions navrés et déçus.

Et puis une lueur d’espoir apparut. Joannes, ayant appris que les activités du club allaient s’achever bientôt et ne voulant pas que le groupe de plongée disparaisse, convoqua individuellement les encadrants sur lesquels il fondait son espoir. Si nous pouvions l’aider pendant une année il reprendrait la présidence pour faire subsister le club, en 1973. C’était un sursis, en cas d’échec l’issue déjà envisagée serait la défection définitive. Et puis René Gueguen fut moniteur auxiliaire, président en 1974 et de nouveaux adhérents enthousiastes Michel Viala, Patrick Jogan, Richard Lion, Jean-Claude Paronneau ont oeuvré au redressement de la situation.

En 1974, Bernard Mérite revint ce qui augmenta les effectifs d’encadrement. La situation s’étant considérablement améliorée Jean-Claude Paronneau devint président en 1976.

A cette date un nouveau moniteur Pierre Derigal venant de l’extérieur (conjoint agent CEA) adhéra au club. Maintenant que la situation avait évolué favorablement, Paronneau au cours de son allocution annuelle annonça que si la section plongée de l’ASCEA de Cadarache avait survécu jusqu’à présent c’était grâce aux vieux crabes : Joannes, Thirion, Jeanjean, Mérite, Gueguen.

A l’image du stage niveau 4 organisé par Thirion et Mérite depuis des années il serait judicieux de réaliser le stage niveau 2 dans les mêmes conditions. Je donnerai plus loin le détail de l’organisation des stages de notre section.

 

Le 2ème éch. ou niveau 4

Pendant des années, nous avons organisé des sessions d’examens 2ème éch. ou niveau 4.

Logistique : se conformant aux conditions générales de la FFESSM, cet examen pouvait être réalisé au sein d’un club, si celui-ci en faisait la demande en se conformant aux démarches administratives et justifiait d’une sécurité suffisante en cas de sinistre au cours des épreuves.

Epreuves : Toutes les épreuves devaient être réalisées en une seule journée sous la conduite de deux moniteurs nationaux ou fédéraux d’avant 1965. Quand nous n’avions pas deux moniteurs au club du niveau précité, nous faisions appel aux services d’un autre. La réciprocité fut de mise en retour des services rendus. Mais avec le club cassidain nous avions associé nos candidats en un seul stage pour obtenir une meilleure qualité d’enseignement.

L’expérience nous a appris que le candidat unique à un stage de formation ne profitait pas pleinement des avantages qu’offre un groupe d’élèves. Se référant à un exercice demandé, la réalisation n’étant jamais bien faite du 1er coup, il faudra répéter les consignes plusieurs fois pour atteindre le but recherché. Dans un groupe, toute déficience des uns engendre des corrections de l’exercice qui profitent aux autres.

Etant donné que le club cassidain était le plus proche de nous, nous avions longtemps associé notre participation amicale avec les présidents successifs.

Pour information un rappel historique des années 61-70

Moniteurs ont eu pour Instructeurs

CAD – Joannes Jacques 1961 : CAS – Manganelli Jules

CAD – Thirion Claude 1965 : Joannes – Manganelli

CAD – Citerici Roger 1965 : Joannes – Thirion

CAS – Martin Jean 1965 : Manganelli – Thirion

CAD – Jeanjean Paul 1967 : Joannes – Thirion – Martin

CAS – Cayol Jean-Claude1967 : Manganelli – Martin

L’origine de « CAS CAD » ne date pas d’hier.

Lorsque nous étions libres de toutes contraintes, sans adhérents réciproques à nous occuper le jour de la sortie, nous nous rassemblions sur un bateau pour aller en mer nous exprimer en profondeur. Mais quand le club cassidain avait une surcharge importante de clients il demandait notre participation à l’encadrement que nous faisions volontiers, sans manquer à nos engagements vis à vis de nos adhérents.

Nos plongeurs ont souvent été faire des baptêmes au club Cassidain qui avait plus de clients que nous et ont profité des conseils techniques de Jean-Claude Cayol pour accéder du niveau …

Un petit poisson dégourdi

Un petit poisson dégourdi

C’était au mois de juillet de l’année dernière, par une belle journée d’été, mer plate et peu agitée, parfaite pour notre convenance. Ce jour là, avec mes compagnons plongeurs, nous avions décidé de faire une plongée à l’île de Riou, un peu au nord de la pointe Caramanseigne.

Evoluant dans une eau limpide, avec une bonne visibilité, sur un fond de dix sept mètres, dans une grand champ de gorgones blanches, blafardes, dressées vers le haut, semblables à des chandeliers. Ca et là, tombés depuis longtemps de la falaise, des blocs rocheux éparpillés, recouverts de mousses, d’algues vertes et brunes surmontés de gorgones bleues en panache, ondoyant mollement au gré du courant léger.

Logés dans de petites cavités, des spongiaires jaunes citron appelés clathrines et des éponges épineuses orangées. Emergeant de la paroi verticale, deux antennes en V orange et blanc alterné, identifiaient une langouste dont le corps était en sûreté dans une faille étroite du rocher.

A coté, sur le fond, une pierre en demi boule recouverte de mousse d’algues vertes. J’aperçu un roucaou, un peu plus grand que la main, aux couleurs vives, vert clair bordé de lignes rouges, aux nageoires d’un beau bleu pointillé de blanc, farfouillant dans un petit carré de sable pour trouver peut être quelques nourritures. Je m’arrêtais un instant, allongé sur le fond sans bouger et observateur.

Le bruit de mes bulles attira son attention. IL se tourna, me regarda avec ses yeux ronds et noirs quelque secondes, sans bouger. Nous étions à un mètre l’un de l’autre. A son regard, j’ai vu qu’il réfléchissait. Puis il nagea vers le fond qui était à vingt centimètres sous lui. Avec ses lèves préhensiles blanches il prit quelques algues vertes semblables à du petit persil frisé, les arracha en faisant des contorsions énergiques avec son corps, puis venant vers moi avec trois brindilles pincées dans sa bouche, les lâcha en pleine eau prés de mon masque.

Pourquoi fait-il cela ? veut-il attirer mon attention ? Après un instant de réflexion, avec les doigts de la main gauche, je saisi le panache d’algues pour l’examiner, sans rien déceler de particulier. Le roucaou restait très attentif, sans bouger, épiant mes moindres gestes.

Je portais les algues à ma bouche, faisant semblant de les manger et tournant légèrement la tête de manière que le boîtier de mon détendeur camoufle la disposition des végétaux à son regard. Il repartit au fond et ramena un autre paquet d’algues près de moi. Et je répétais les mêmes gestes que la première fois. Pour moi, c’était curieux mais pour lui le spectacle devait sans doute être digne d’intérêt, puisqu’il recommença une troisième fois.

Mais au retour, sa bouche garnie d’algues vertes, une multitude de petits poissons, composée de bogues, castagnoles noires, sars serrants girelles, pataclés venant de derrière moi et précédant mes compagnons plongeurs ; rompit le charme et détourna l’attention du roucaou. Entraîné par cette ambiance grouillante et excitée, il partit se chamailler avec d’autres congénères.

Au cours de ma vie de plongeur, selon les circonstances, j’ai eu l’occasion de donner de la nourriture aux poissons carnivores, en cassant des coquillages pour susciter l’intérêt du spectacle naturel dans son milieu. Mais je ne savais pas que les poissons, sans doute ayant côtoyés d’autres plongeurs aient acquis une éducation, voulant nous imiter en faisant aussi de petits cadeaux à leur manière, aux personnes attentionnées, sensibles aux actions spontanées et opportunistes.

La grotte de la Triperie

La grotte de la Triperie

le 4 septembre 1991, Henri Cosquer déclarait avoir découvert une grotte sous-marine contenant des peintures rupestres préhistoriques.

Trois jours avant cette date, un accident grave survenait dans cette même grotte où trois plongeurs grenoblois trouvèrent la mort. Ce jour là des membres de la section Plongée de l’A.S. de Cadarache furent témoins et acteurs de ce drame.

C’était à Cassis, un dimanche matin, par un léger vent d’est, la météo avait prévu un renforcement de celui-ci en cours de journée. J’étais le directeur de plongée. Nous avions décidé de passer la journée en mer et donc d’emporter tout le matériel nécessaire

Après consultation des encadrants, pour la plongée du matin, nous avons mouillé dans la calanque de la Triperie, à l’abri de la houle. En chemin, comme d’habitude nous avions composé les palanquées et la prévision de départ : Deux groupes partiraient en premier, les deux autres groupes dès le retour des premiers, de telle sorte qu’il reste toujours une surveillance en surface.

Avec Agnès et Claude BERTON, je faisais partie des deux premières équipes. Nous sommes partis explorer le fond à 35 m, le long de la falaise. L’autre groupe est resté à 15 m de profondeur, à la grotte du bout de la Triperie et, terminant l’exploration avant nous, est revenu au Tiki III. les deux autres palanquées qui attendaient sur le bateau ont sauté à l’eau à leur tour.

Lorsque nous sommes montés à bord, j’ai remarqué que beaucoup de navires de plaisance s’étaient placés à l’abri des vents du sud, pas loin de nous. Encore équipé de ma bouteille, mon regard fut attiré par un zodiac gris occupé par quatre hommes en maillot de bain, situé à une cinquantaine de mètres par tribord avant du TIKI III.

Un des occupants agitait les bras en l’air, ce que j’interprétais comme un signal de détresse. Puis il mit le zodiac en marche et vint vers nous doucement, s’écartant des bulles de nos plongeurs avec précaution, il accosta à notre tribord et nous l’amarrâmes pour qu’il reste à poste fixe.

Cet homme, âgé d’une cinquantaine d’années, était le moniteur de plongée, responsable du club de la calanque de Sormiou. Deux autres hommes, plus jeunes faisaient triste mine, un troisième pleurait. Le moniteur me fit part de son inquiétude au sujet de trois plongeurs partis depuis plus de 45 mn, explorer la grotte – celle située à la pointe nord de la calanque de la Triperie -. et qui n’étaient toujours pas revenus à la surface. Il me demanda notre aide pour secourir ces personnes. Je lui fis remarquer que nous venions à peine de remonter après une plongée de 35 mn à 35 m de profondeur et qu’il n’était pas raisonnable de s’immerger à nouveau. De plus nous avions encore des plongeurs au fond de l’eau qu’on ne pouvait abandonner. Mais nous pouvions mettre à sa disposition nos bouteilles pleines. Il se trouvait à peu près dans les mêmes conditions que nous, sorti de l’eau depuis presque une heure.

Ce moment là fut considéré comme le temps T zéro. Tous les évènements qui se passèrent ensuite dans la journée furent notés sur le cahier de bord.

Je lui proposais une intervention active dès le retour de nos plongeurs. On jeta à la mer trois pétards de rappel à une minute d’intervalle. Le groupe le plus éloigné, revint tout de suite. L’autre n’entendit rien et continua sa progression normalement. En attendant, nous appelâmes par radio le CROSMED. Il dirigea vers nous le navire de secours la « Bonne Mère » qui patrouillait à proximité de l’île Maïre. Il estimait son arrivée sur les lieux à une trentaine minutes. Entre temps, nous préparâmes un fil d’ariane avec plusieurs bouts raboutés, puis nos matériels de plongée pour une intervention de 10 minutes maxi dans la grotte, si la visibilité le permettait .

Au moniteur de la calanque de Sormiou je demandais s’il était bien sûr que ses trois plongeurs se trouvaient dans la grotte et pas ailleurs. En regardant le jeune homme qui pleurait dans le zodiac il confirma qu’il faisait partie du groupe, qu’il avait trouvé la sortie par hasard, à travers un brouillard de poussières et que depuis, sur le zodiac, ils espéraient le retour de leurs trois collègues. Attente passive dont je lui fis reproche, car ils étaient restés en surface sans demander de l’aide, sachant que leurs plongeurs n’étaient pas équipés pour ce genre d’exploration : (pas de fil d’ariane, une seule lampe électrique) et méconnaissaient les lieux.

J’estimais qu’après plus de 45 mn de plongée, à 36 mètres, en mono bouteille pour certains, ils avaient probablement épuisé leur réserve d’air comprimé. Peu de chance hélas de pouvoir les retrouver vivants.

A temps T + 15 minutes, le dernier groupe de nos plongeurs monta sur le bateau, Ils furent informés de l’accident afin qu’ils prennent part aux opération en cours. Je mis le moteur en marche, montai le mouillage et dirigeai le bateau vers la grotte. La mer bougeait assez fortement, des vagues hautes de 80 cm venant du sud se brisaient sur les falaises. Nous avions convenu que deux groupes de deux plongeurs expérimentés niveau 4 ou moniteurs feraient partie de l’intervention de secours.

La première équipe composée de Claude BERTON et FOISSIER était sur le point de sauter à l’eau dès que je couperais l’erre du navire, mais les roulis occasionnés par les vagues de travers firent tomber une bouteille de plongée non amarrée, elle sectionna le pouce de la main droite d’un de nos adhérents assis sur le banc.

 

Arrêt immédiat de l’action de secours. Nous informons le CROSMED de ce nouvel accident corporel survenu sur notre bateau. Nous effectuons les premiers soins nécessaires pour préserver le doigt.

Le navire de secours en mer arriva sur les lieux, guidé de loin par un feu de détresse COSTON rouge, allumé par l’équipe des plongeurs de Sormiou

 

Nous informons le commandant des évènements, et nous partons vers le port de Cassis où nous attendaient les pompiers, prévenus par radio pour prendre en charge notre blessé.

Mais un message radio nous demanda d’arrêter le bateau et de préciser notre position. En effet, un chirurgien plaisancier naviguant entre Planier et l’île de Riou, avait intercepté nos messages avec le CROSMED. Il nous avisa qu’il faisait route vers nous pour soigner notre blessé et nous demanda de bien vouloir nous distinguer des autres plaisanciers en nous éloignant un peu de ceux ci.

Dix minutes plus tard il arrive et accoste à notre bord. Il demande à notre blessé d’aller sur son navire, examine et soigne la blessure. Puis parce que son bateau était plus rapide que le notre, il décide d’aller au port de Cassis remettre notre adhérent aux pompiers qui patientaient déjà, prévenus par le CROSMED. Le chirurgien envoie un message radio à l’hôpital de la Timone pour avertir ses collègues de recevoir notre plongeur en première urgence. Son doigt fut sauvé.

 

Pendant ce temps les recherches des marins militaires se poursuivaient. Dix minutes après leurs départ ils retrouvèrent un plongeur mort, à six mètres seulement de l’entrée de la grotte. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, Niveau 1 qui avait seulement cinq plongées à son actif, sa bouteille contenait encore 40 bars.

Ce spectacle provoqua une vive émotion chez tous les plongeurs qui se trouvaient sur les lieux. Nous décidâmes de partir pour Cassis, mais avant, par courtoisie, nous avons proposé nos services au commandant de la « Bonne Mère ». Il déclina notre offre et nous remercia. Nous accostâmes dans le port vers midi et quart et nous entreprîmes de décharger tous le matériel du bateau. Personne n’était intéressé par la plongée de l’après midi. C’était la déprime !

Je racontai à Henri Cosquer et à son entourage, les évènements de la matinée.

Tous les plongeurs de notre section partirent chez eux en emportant leur matériel sur le dos sauf deux, Djamel et moi qui devions ramener le bateau à la calanque de Port Miou. Avant le départ, je suis allé saluer Henri, il m’informa qu’il avait contacté les pompiers et le CROSMED pour les aider dans leurs recherches car il connaissait bien la grotte pour l’avoir visitée jusqu’au bout.

L’organisme de secours accepta son offre, maintenant restait à trouver un bateau, car Henri ne voulait pas se rendre sur place avec le CRO MAGNON chargé de clients. Comme il ne trouvait pas de bateau de remplacement, j’avisais Djamel de mon intention de participer aux secours s’il voulait bien m’accompagner. Il avait une très bonne connaissance du Tiki III et n’a pas hésité. Dès que le matériel nécessaire fut embarqué, nous partîmes avec Henri et un de ses moniteurs de plongée Yann GOGAN en direction de Cap Morgiou.

En navigant, nous avons déjeuné avec les provisions prévues pour la journée en mer. Djamel et moi partageâmes en quatre ce que nous possédions parce que dans la hâte de départ Henri et son collègue avaient oublié le casse croûte. Nous avons décidé qu’Henri et son moniteur partiraient en premier avec un fil d’ariane de 50 m qu’ils amarreraient à l’entrée de la grotte. La deuxième équipe assurerait la logistique du bateau et la correspondance radio.

 

L’intervention de la deuxième équipe ne se ferait qu’en cas d’insuccès de la première et en tout état de cause, après concertation pour réduire au maximum les risques. Chaque plongeur emporterait deux lampes électriques et serait accroché au fil d’ariane par un filin coulissant permettant une plus grande exploration

Pour les temps de plongée, nous étions tous dans la même situation puisque nous avions tous les quatre effectué une plongée le matin. Je resterais très vigilant à la direction des opérations prêt à suivre si nécessaire.

Arrivés à l’aplomb de la grotte nord de la Triperie, nous informons le CROSMED et le navire la Bonne Mère, accosté pour le moment au port de la Calanque de Sormiou, que la première équipe était sur les lieux de l’accident, prête à intervenir. Nous recevons leur approbation qui donnait à Henri le signal du départ à 15 h 15 et l’attente commença.

Dix minutes après leur départ, Henri et Yann reparaissent à la surface avec un troisième plongeur, inanimé, flottant grâce à son gilet gonflé. Ils palment jusqu’à l’échelle du TIKI III. Par radio nous informons le navire de secours en mer. On nous annonce la venue d’un médecin en hélicoptère pour l’identification du corps, qui doit rester dans l’eau jusqu’à l’arrivée de la « Bonne Mère ».

De l’hélicoptère, en vol stationnaire eu dessus du TIKI III, descendit une jeune femme médecin. Notre bateau moteur coupé n’était pas manœuvrant, car Henri accroché à l’échelle devait maintenir le corps du plongeur, selon les ordres reçus du commandant.

Il fut très difficile de faire passer la jeune femme sur le pont de notre navire du fait des déplacements importants causés par le souffle de l’hélicoptère. Après plusieurs tentatives, enfin je réussis à la saisir aux hanches et la maintins pendant qu’elle déverrouillait le crochet du câble de son harnais.

Lorsque la doctoresse aperçut dans l’eau, près de l’échelle le plongeur tout habillé que maintenait Henri, elle fut vivement impressionnée et détourna la tête toute pâle. Je l’aidais à s’asseoir sur le banc près de Djamel qui s’occupait de la transmission et réception des messages radio.

Environ 10 minutes après notre message, la "Bonne Mère" arriva et embarqua le corps du 2° plongeur et repartit vers le fond de Sormiou avec la doctoresse. Il restait encore beaucoup d’air dans les bouteilles d’Henri et de son moniteur. Nous informons le CROSMED de la poursuite de l’intervention pour la récupération du 3° homme probablement plus à l’intérieur dans le couloir de la grotte.

Refus… « Ordre d’attendre un plongeur spéléo, spécialiste des conduits et rivières souterraines, parti d’Avignon en hélicoptère et devant arriver dans environ 1 h 30 avec du matériel spécialisé. Ne pas prendre de risque pour le moment ».

Henri et son coéquipier remontèrent à bord et se mirent à l’aise en patientant au soleil de l’après midi, la mer s’était calmée, le vent du sud mollissait.

Assis sur le banc, on bavardait à propos de cette grotte que j’avais connue il y a de nombreuses années, sans grand intérêt à mes yeux, car la faune et la flore étaient en général très limitées à plus de dix mètres de l’entrée. Henri nous apprit qu’il la connaissait bien pour l’avoir visitée jusqu’au bout.

« Elle se compose d’un long couloir de 170 m environ, il faut palmer 8 mn pour arriver dans une salle aérienne où se trouvent de très belles stalagmites et stalactites aux couleurs blanches, orangées à l’éclairage d’une lampe électrique ».

Il avait même photographié certains coins particulièrement esthétiques…

Le temps passa au soleil de l’après midi et un bruit d’hélicoptère au fond de la calanque de Sormiou nous annonça l’arrivée du plongeur spécialiste.

Quelques instants plus tard nous vîmes venir le bateau de secours. En effet à son bord se trouvait le plongeur spéléo avec un matériel conventionnel de plongée et d’autres spécifiques à la spéléo. Entre autre des grilles très bien réalisées pour englober et protéger la robinetterie des bouteilles de plongées, du fil d’ariane de 500 m et un casque équipé de deux lampes électriques.

Henri convainquit ce spécialiste de sa très bonne connaissance des lieux pour guider les recherches plus profondément à l’intérieur du couloir. On lui prêta du matériel spéléo pour compléter son matériel de plongée. Chacun d’eux emporta aussi deux lampes électriques à main.

Les deux plongeurs s’immergèrent à 17 h 30 et nous assurâmes la veille en surface accostés à la "Bonne Mère"

Pendant ce temps on discutait avec les marins plongeurs, jeunes pour la plupart, affectés au navire de secours. Ils nous apprirent que ce matin, la découverte du premier plongeur grenoblois mort dans la grotte, les avait impressionnés. Ils n’avaient pas osé repartir chercher les deux autres plongeurs encore à l’intérieur. C’était la première fois qu’ils intervenaient pour un accident de plongée.

Après vingt minutes d’immersion les plongeurs spéléo réapparurent en surface avec le troisième plongeur accidenté, récupéré à une quarantaine de mètres à l’intérieur de la grotte. Parmi les trois plongeurs grenoblois, c’était le seul qui avait une lampe électrique étanche, il était niveau 4.

 

En fonction des d’informations recueillies dans la journée, nous pouvions imaginer les circonstances de l’accident.

Un groupe de Grenoblois, habitués du club de la calanque de Sormiou, en vacances depuis plusieurs jours, plongeaient dans les environs de Cap Morgiou. Ce matin du 1er septembre c’était leur dernière plongée avant le départ prévu dans l’après midi. Ils étaient allés plonger vers les calanques de la Triperie avec un zodiac gris. Un premier groupe, guidé par le président du club, moniteur national, fit une plongée sans problème.

La deuxième palanquée, de quatre personnes, était dirigé par un niveau 4 grenoblois.

Lors de la plongée, ils aperçurent l’entrée de la grotte et pénétrèrent en palmant sans se rendre compte qu’ils soulevaient des nuages de vase noire qui masquait complètement la visibilité.

Le dernier de la palanquée prit peur et tout de suite rebroussa chemin, à tâtons. Après dix minutes d’angoisse, il vit une éclaircie, c’était la sortie.

Sans connaître les paramètres de sa plongée, temps ni profondeur, il improvisa la remontée et craignit un moment d’avoir un accident de décompression. Pour la première fois de sa vie il se trouvait seul en plongée. Stressé, mais conscient d’avoir échappé au pire, c’était le jeune homme qui pleurait dans le zodiac quand on vint me prévenir.

 

Nous avons essayé d’intervenir sachant qu’on n’avait qu’une chance sur cent de récupérer une personne vivante. Par la suite nous avons su que les trois plongeurs grenoblois étaient déjà morts bien avant que nous ne soyons avertis de l’accident. Dans leurs trois bouteilles, les marins contrôlèrent la pression, il restait entre 35 et 40 bars. Avaient ils perdu leur embout ? étaient-ils morts de peur ?

 

Nous savons tous que les grottes sont dangereuses surtout quand on improvise leur visite sans matériel approprié et avec des personnes non expérimentées.

Un mois avant nous avions eu au club une expérience de ce type au cap Morgiou, partie sud de la calanque de la Triperie. Cette grotte très étroite n’admettait qu’une seule personne à la fois. Claude BERTON y pénétra équipé d’une lampe électrique, mais en remuant la vase, plus de visibilité, de plus la sortie en angle droit était impossible à repérer, même à tâtons. Agnès était restée dehors attendant son tour pour entrer, mais apercevant un nuage noir sortant de la grotte, elle comprit le danger et avec le manche de son couteau elle frappa sa bouteille de plongée. C’est ce bruit de cloche qui orienta Claude vers la sortie. Il en fut quitte pour une belle peur.!

 

Nous prîmes congé de l’équipage de la Bonne Mère avec moult remerciements et félicitations pour notre participation, puis on débarqua Henri et Yann à Cassis. On dirigea le TIKI III à la calanque de Port Miou. Ce jour là avec Djamel nous sommes partis de la calanque à 20 h 30.

Le lendemain, sur le « Provençal » une photo des lieux de l’accident représentant la Bonne Mère et le Tiki III à couple, fit penser aux lecteurs de notre club de Cadarache qui n’étaient pas au courant de l’événement que c’était nous qui avions eu un accident de plongée. Notre Président envoya un démenti au journal.

 

Trois ans plus tard, le moniteur national de la calanque de Sormiou a été condamné par le tribunal de Marseille à 18 mois de prison ferme, 3 ans de prison avec sursis et interdiction à vie de professer la plongée sous-marine.

 

 

Nous devons avertir nos adhérents que la visite des grottes sous-marines requiert une grande attention, qu’il faut respecter certaines règles et éviter toute improvisation. Ne pas oublier que le plafond empêche l’accès direct à la surface et que dans tous les cas il faut revenir à l’entrée de la grotte pour en sortir. Pour ce faire, il faut conserver une bonne visibilité, donc ne jamais remuer le fond vaseux : les palmes provoquent un nuage de particules qui peuvent rester en suspension pendant des heures. La main plaquée sur le masque est invisible et à tâtons il est difficile de s’orienter.

Bien sûr il est souhaitable de visiter une grotte avec une personne qui connaît les lieux et dans tous les cas il est indispensable d’emporter le matériel nécessaire, lampes électriques, fils d’ariane etc.

Avant le départ, prévenir le directeur de plongée en précisant l’heure de retour au delà de laquelle il faudra déclencher une intervention. Cette action pour être efficace doit s’effectuer au plus tôt, sans risquer bien sûr la vie d’autres plongeurs.

ENGUEULADE A MORGIOU

Des poissons qui s’engueulent, me direz-vous, ce n’est pas possible à moins que ce soit une histoire marseillaise. Et bien, c’est une histoire qui s’est passée au sud est de Marseille, au lieu dit « Calanque de Morgiou » au mois de juin 1995.


Ce jour là il faisait très beau, un soleil magnifique avec un mistral force 5 ou 6 et nous avions plongé dans la zone calme à l’abri des falaises. Après avoir récupéré tous les plongeurs, je pilotais le bateau vers une petite baie abritée des vents d’ouest, en plein soleil pour pouvoir déjeuner agréablement, dans le cadre magnifique de la calanque de Morgiou, avec ses hautes falaise blanches parsemées de quelques pins verdoyants qui ont échappé au ravage du feu des années précédentes.




Arrivé à l’endroit voulu, j’arrêtai le Tiki 3 et actionnai le guindeau électrique pour mouiller l’ancre au plus prés des rochers, par dix mètres de fond.


J’estimais favorable la situation météorologique de l’endroit, pas de vent, mer plate, plein soleil. Déjà les plongeurs, d’un geste habituel, installaient la nappe sur le capot moteur qui nous servait de table . Autour étaient disposés des bancs, où prenaient place tous les convives avec leurs glacières portatives, en vue du déjeuner. Chacun mangeait ce qu’il apportait, mais comme on portait toujours un peu , on en faisait profiter les copains gourmands.


Traditionnellement nous commencions toujours par l’apéro » le vent sec, le mistral, la mer salée, le soleil, cela donnait soif et il était nécessaire de se désaltérer en bavardant avant les choses sérieuses du repas. Tout le monde avait le sourire et se racontait les péripéties des aventures aquatiques du matin.


Soudain mon attention fut attirée par un groupe de petits poissons sardines ou anchois qui sautaient régulièrement en cadence à dix centimètres au dessus de l’eau, se déplaçant par bons successifs de trente centimètres, semblables à des sauterelles.


Puis par moment, de grands ronds dans l’eau plate nous firent deviner de plus gros poissons en dessous de la surface en train de chasser les plus petits qui, pour échapper à la vision de leurs poursuivants sautaient hors de l’eau.


En effet, cinq minutes après le début de nos observations le groupe de petits poissons fut considérablement réduit, au tiers. Puis soudain une queue de poisson d’environ dix à douze centimètres de large battit la surface de la mer trois ou quatre fois puis disparut pour réapparaître trois mètres plus loin, battit encore un moment et s’immobilisa restant visible sur l’eau.


Intrigués, tous le monde attend la suite. Pourquoi ça ne bouge plus ? Est-ce un morceau de poisson échappé à la voracité de son prédateur ?


Quelques minutes plus tard nous étions curieux de savoir pourquoi cette queue de poisson émergeait de l’eau à trente mètres de nous sans bouger depuis un moment. Curiosité oblige, on se décida tout de même d’aller voir sur place, en bateau parce qu’en maillot de bain la mer était un peu fraîche ces jours de mistral.


Je mis le moteur en marche, remontai le mouillage avec le guindeau. J’orientai la barre dans la direction intéressée, embrayant en arrière, lentement de telle sorte que le coté tribord passe très près de la queue du poisson. Un peu avant je mis au point mort et laissai continuer le bateau sur son erre. Puis le navire s’immobilisa à l’endroit que j’avais estimé, le milieu tribord à hauteur de l’objet flottant. Un de nos adhérents, le plus près, debout sur le banc regarda par dessus bord et, très perplexe nous informa que c’était un poisson étrange, à deux queues, sans tête.


Avec Bernard Rothan, entre vieux plongeurs, un sourire en coin passa. C’est peut être le pastis qui fait de l’effet ? et notre collègue répondit qu’il ne buvait jamais d’alcool. Alors c’est peut être le soleil sur la tête ? on lui demanda de prendre de prendre l’animal qui flotte près de la surface de la mer.


Il se penche sur le coté en se tenant d’une main sur le bordé et de l’autre essaie de prendre le poisson mais ça glisse, le mucus baveux de la peau le rend insaisissable avec une seule main. Nous lui conseillons de prendre un seau équipé




d’une corde. Quelques instants plus tard, après plusieurs tentatives, il remonte le récipient plein d’eau avec le poisson à l’intérieur, puis des deux mains retire l’animal et le pose à plat sur le banc. Curieux en effet un long corps de poisson à écailles avec une queue à chaque extrémité.




De plus prés, on distinguait deux bars, l’un de 80 cm de long, estimé à deux kilos environ, et l’autre un peu plus petit, approximativement d’un kilo, qui s’était profondément engouffré dans la gueule du premier.


Avec des chiffons pour palier le mucus visqueux des poissons, on entreprit de les séparer en tirant chacun sur une queue, mais ce fut impossible sauf détruire les animaux. Les ouies du plus petit faisant harpon s’écartaient quand on tirait, et empêchaient la séparation. Qu’à cela ne tienne, on ne se démonta pas pour si peu.


Je pris mon couteau que je dépliais et entrepris d’inciser la lèvre du gros bar. Ainsi nous pà»mes les dégager.


Tomba de la gueule du petit loup, un anchois « esquiché », enfin ce qu’il en restait. Cela nous donna l’idée du scénario probable.


Un banc d’anchois, nageant près de la surface, fut repéré par des loups affamés qui entrèrent tout de suite en action, essayant chacun d’en consommer le plus possible avant l’affolement en surface et la dispersion du banc. Un loup, celui d’un kilo, fonça à grande vitesse sur un anchois, convoité aussi par un autre plus gros que lui. Le premier, plus prompt l’avala et, fermant la bouche facilita sans le vouloir son entrée dans la gueule de l’autre qui ne s’attendait pas à cette réception. Celui-ci se débattant farouchement prés de la surface n’arriva pas à expulser cet encombrant occupant. Ne pouvant ni respirer, ni se libérer par eux même, ils restèrent inanimés en surface jusqu’à notre intervention .


Si nous n’avions pas été sur place à ce moment là , ces deux poissons auraient péri sans plus, mais grà¢ce à nous, ils eurent une meilleure fin: On plaça les deux bars dans un seau vide à l’ombre sous un banc, puis je manoeuvrais le bateau pour regagner notre place dans la baie de la calanque de Morgiou pour continuer le repas de midi.


Au cours de la conversation on entendit une voix qui suggérait de remettre à l’eau les poissons. Nous répondîmes que ça ne les ferait pas ressusciter vu leur état actuel.


Une autre préconisa un partage équitable entre toutes les personnes présentes sur le bateau. Ce ne fut pas la meilleure idée: emporter chacun un morceau de poisson…




Et puis une idée géniale sortit du cerveau de Bernard. Il décida d’inviter chez lui, le lendemain soir tout le monde à sa villa de Pertuis où, en soirée conviviale nous pourrions savourer autour d’une table les poissons cuits au four par sa femme. Mais, le lendemain , on estima que la quantité de poisson était insuffisante pour la quantité d’invités et qu’il fallait en rajouter pour satisfaire tout le monde. Ce que je fis en prenant trois loups portions dans mon congélateur. Ces poissons provenaient d’élevage, achetés chez un poissonnier en ville, mais la cuisinière avait tellement mis en valeur son talent, que personne ne s’en aperçut.


Le repas, complété de boissons et de pà¢tisseries, fut la réussite de notre très agréable soirée, grà¢ce aux deux bars qui s’étaient engueulés devant nous à Morgiou et à qui nous avons fait l’honneur d’une invitation à notre table.




Tout cela pour un malheureux petit anchois esquiché, pour un anchois convoité par deux loups qui se sont engueulés, ou emboîtés c’est comme vous le voulez, en tout cas c’était bien bon.




Merci l’anchois !






Paul